« On est chef de projet de notre équipe » : Aline et Clem, deux athlètes qui anticipent l'après pendant qu'elles jouent encore
Duo de beach-volley en équipe de France, Aline Chamereau et Clémence Vieira racontent comment études, projet sportif et micro-entreprise se construisent en même temps, sans attendre la fin de carrière.
Beaucoup de sportif·ve·s de haut niveau se disent la même chose : « je verrai pour l’après une fois que ma carrière sera finie, là je n’ai pas le temps ». Aline Chamereau et Clémence Vieira, elles, ont fait exactement l’inverse. Binôme de beach-volley en équipe de France depuis deux ans et demi, elles jonglent en même temps avec un double projet d’études, une saison internationale à rallonge, et la création de leur propre micro-entreprise pour financer leurs tournois. Rien de tout ça n’attend la fin de leur carrière.
Dans cet épisode du podcast, elles racontent à deux voix comment elles ont construit, souvent dans l’urgence et parfois dans la débrouille, un système qui tient : études aménagées, recherche de sponsors, gestion administrative, et une équipe qui ne se limite plus au terrain.
(Cet épisode a été enregistré avant les Jeux de Paris 2024. Depuis, le duo a disputé les Jeux, puis décroché en 2025 une médaille d’argent historique aux Championnats d’Europe — la première médaille continentale française en beach-volley depuis 1999.)
Un double projet qui ne se ressemble pas, mais qui tient debout
Clémence est étudiante en école d’ingénieur à l’INSA de Toulouse ; Aline prépare un MBA marketing et développement commercial en ligne, en alternance. Deux formats d’études radicalement différents, pour un seul et même objectif : garder un pied ailleurs que sur le sable.
À propos de son choix d’un cursus 100 % à distance, Aline confie :
« J’ai vraiment cherché à faire ça parce que j’ai compris qu’aller en cours, ça n’allait pas être possible. »
Clémence, elle, a opté pour l’inverse : doubler ses années à l’INSA plutôt que renoncer au présentiel.
« Au lieu de faire 5 ans, je vais faire à peu près 10 ans. »
Deux stratégies, un même constat : il faut construire son organisation sur-mesure, personne ne le fera à ta place.
Le prix de la double vie : l’isolement et le sentiment de ne pas être légitime
Ce que les deux joueuses décrivent avec le plus de franchise, ce n’est pas la difficulté logistique — c’est la solitude qui va avec. Clémence raconte avoir longtemps hésité à demander des aménagements par peur de déranger :
« J’avais du mal à demander… des fois je me disais, par rapport aux autres, c’est pas juste. Et après j’ai dit, bon, en fait j’ai pas la même vie que les autres, donc j’ai pas le choix. »
Aline, de son côté, pointe un manque de reconnaissance côté écoles, à l’inverse de l’entreprise :
« En entreprise, ce que j’ai remarqué, c’est que d’avoir un sportif de haut niveau, ils se sentent tout de suite très valorisés. […] En école, c’était plus comme un poids plutôt qu’une valeur ajoutée. »
Ce décalage, beaucoup d’athlètes en double projet le vivent sans oser en parler. Le nommer, comme elles le font ici, c’est déjà une façon de le désamorcer.
Le projet sportif est aussi un projet entrepreneurial
C’est sans doute le passage le plus riche de l’échange. Quand la fédération ne finance plus l’intégralité de leur saison, Aline et Clémence se retrouvent à devoir chercher elles-mêmes des sponsors, un agent, puis à ouvrir une micro-entreprise — sans aucune formation pour ça.
« On s’est rendu compte que c’est un vrai travail, que c’est compliqué, que se vendre c’est vraiment quelque chose qu’il faut s’entraîner à faire. »
La recherche d’agent a été longue et parfois décourageante :
« On était tous en recherche de partenaires en se qualifiant pour les Jeux de Paris 2024. Il n’y avait rien qui nous sortait du lot […] du coup on a vraiment failli abandonner. »
Elles ont fini par trouver un agent, puis un comptable, en assumant de ne pas tout savoir faire seules :
« On avait conscience de ce qu’on savait faire et ce qu’on savait pas faire. Et à un moment donné, on a dit : OK, on a besoin d’aide. »
Le résultat, formulé sans détour par Aline :
« On est chef de projet de notre équipe. »
Ce que le sport enseigne à l’entreprise, et l’entreprise au sport
Loin de voir ses deux mondes comme concurrents, Aline décrit une véritable boucle : ce qu’elle apprend en entreprise nourrit sa communication avec sa coéquipière et son coach, et inversement.
« Le fait d’avoir eu cette expérience en entreprise qui s’est mal passée, ça m’a complètement changé la vision de comment aborder la communication avec les gens. »
Clémence observe le même transfert côté gestion du stress :
« Les premières stratégies que j’ai développées, c’était en examen, et après je les ai appliquées sur le terrain. Et sur le terrain, j’ai encore développé des nouvelles que j’ai appliquées pendant mes examens. »
Ce qu’elles décrivent sans le nommer ainsi, c’est exactement ce qu’on appelle des compétences transférables : la communication, l’adaptabilité, la gestion de projet, le management — même sans titre de manager.
Leur conseil : demander de l’aide, et ne pas oublier le plaisir
En clôture d’échange, les deux joueuses livrent chacune un conseil qui résume leur parcours. Pour Aline, il s’agit de rompre l’isolement :
« Il faut pas hésiter à demander […] j’ai mis du temps à le faire, à savoir se poser la question de qu’est-ce qu’on a besoin. »
Pour Clémence, il s’agit de ne jamais perdre de vue pourquoi on a commencé :
« Ne pas oublier que de se faire plaisir, parce qu’avant tout si on a commencé ce sport c’est parce qu’on aimait ça. »
Ce que raconte cet épisode, au fond, c’est qu’on ne construit pas son après-carrière au dernier moment : on la construit en parallèle, un cours, un rendez-vous sponsor, une compétence à la fois — pendant qu’on est encore sur le terrain. C’est exactement la logique derrière l’accompagnement Reconversion Gagnante : faire émerger, dès maintenant, ce que ta carrière sportive t’a déjà appris et que tu ne vois peut-être pas encore.
Tu es sportif·ve de haut niveau et tu veux, toi aussi, préparer l’après sans attendre d’y être obligé·e ? Réserve ton premier appel, offert : on fait le point sur ta situation, sans engagement.
Cet article est une synthèse d’un épisode du podcast Athlètes Reconversion, animé par Mélanie Revellat. Écouter l’épisode complet.