« Le sportif a son matériel, le candidat a le sien » : les conseils d'une recruteuse aux athlètes en reconversion
Céline Liberatore, recruteuse indépendante, décrypte pour les sportif·ve·s de haut niveau la candidature, le CV, le réseau et l'entretien d'embauche.
Beaucoup de sportif·ve·s en fin de carrière redoutent le moment où il faut « vendre » leur parcours à un recruteur qui ne connaît rien au sport de haut niveau. Peur de ne pas être pris au sérieux, peur que le CV ne « colle » à rien, peur de l’entretien face à quelqu’un qui n’a jamais côtoyé un athlète. Céline Liberatore est recruteuse indépendante : elle accompagne des entreprises dans leurs recrutements depuis cinq ans, et son conjoint est lui-même un ancien sportif de haut niveau. Elle a accepté de donner, sans détour, sa méthode pour transformer une candidature de reconverti·e en dossier qui retient l’attention.
Dans cet épisode du podcast, elle détaille ce qu’elle attend vraiment d’un CV, d’un profil LinkedIn et d’un entretien d’embauche — et comment un·e athlète peut faire de son parcours sportif un atout, sans jamais le laisser devenir toute l’histoire.
Avant de candidater : savoir précisément ce qu’on cherche
Pour Céline, tout commence avant même le premier CV envoyé. Beaucoup d’ancien·ne·s sportif·ve·s de haut niveau se lancent dans la recherche d’emploi sans avoir pris le temps de clarifier leur projet — parce qu’ils et elles ont toujours eu « la tête dans le guidon ».
« C’est compliqué de savoir où on veut aller quand on est toujours la tête dans le guidon. […] Il faut vraiment se poser et se dire : qu’est-ce que mon parcours de sportif m’a appris, qu’est-ce que j’en retire en termes de compétences, de soft skills, et où est-ce que j’ai envie d’aller. »
Une fois cette introspection faite — poste visé, secteur, mais surtout le pourquoi profond — reste une étape que beaucoup d’athlètes redoutent : accepter de repartir de zéro.
« Il va falloir être ouvert à revenir dans une posture de débutant. […] Ça doit être compliqué pour des sportifs de haut niveau qui étaient au top, qui étaient vraiment les meilleurs dans leur catégorie, de revenir sur un rôle et une posture d’apprenant. Mais c’est sûrement ce qui va se passer dans les reconversions, peu importe le métier d’origine. »
Le CV : ton parcours sportif est un atout, pas toute l’histoire
Premier outil, incontournable selon elle : le CV. Et la comparaison qu’elle choisit parle directement aux athlètes.
« Comme le sportif a son matériel pour la pratique de son sport, le candidat a aussi son matériel : son dossier de candidature. »
Son conseil est clair : ne pas cacher le parcours sportif, mais ne pas non plus tout miser dessus. Ce qui compte, c’est la pertinence par rapport au poste visé.
« Il ne faut pas cacher son parcours sportif, c’est important de le mettre en avant, mais pas de mettre uniquement ça en avant. Ce qui va être intéressant, c’est de mettre en lumière les éléments qui vont être pertinents pour le recruteur, qui sont en lien avec le poste. »
Elle rappelle aussi une réalité brutale du recrutement : un CV n’est regardé que quelques secondes.
« Un recruteur peut passer 30 secondes sur un CV, parfois moins. Il faut vraiment que les éléments les plus importants soient visibles. »
Elle suggère aussi un outil que peu de candidat·e·s utilisent encore : une courte vidéo de présentation (1 à 2 minutes maximum), pour montrer ce que le CV ne peut pas transmettre — la posture, la façon de parler, la personnalité.
Construire son réseau : la clé trop souvent négligée
Répondre aux annonces ne suffit pas, insiste Céline. Elle pousse les sportif·ve·s à investir LinkedIn — souvent un territoire inconnu pour des athlètes qui n’en ont jamais eu l’usage pendant leur carrière.
« Répondre aux annonces c’est bien, mais il ne faut pas s’y limiter. Il faut vraiment être dans une démarche de proactivité. »
Créer un profil cohérent, expliquer son projet, connecter avec des personnes dans les secteurs visés — pas pour demander un emploi frontalement, mais pour engager une conversation :
« Pas forcément dans une démarche “j’ai besoin d’un travail”, mais plus : “ton travail m’intéresse, je suis en reconversion aujourd’hui, est-ce qu’on peut discuter ?” »
Et au-delà du digital, les événements professionnels en physique — after-work, forums, salons de l’emploi — à condition d’y aller avec un objectif précis plutôt qu’en simple observateur·rice :
« Ce n’est pas se dire “je vais aller voir, je vais regarder, je vais prendre des infos”. C’est vraiment se dire : est-ce que je m’engage à repartir avec 5 contacts ? Est-ce que je m’engage à parler avec 10 personnes ? »
L’entretien : une épreuve qui se prépare comme une compétition
C’est peut-être le parallèle le plus parlant de tout l’échange : pour Céline, un entretien d’embauche se prépare exactement comme une échéance sportive.
« Un entretien, on peut faire la comparaison à une compétition sportive. […] Qu’est-ce que font les sportifs avant une épreuve ? Ils se préparent, ils répètent, ils s’entraînent. Pour l’entretien, c’est pareil. »
Elle insiste particulièrement sur les compétences transférables — ce pont entre ce que le sport a construit et ce que le poste exige :
« Une compétence transférable, c’est une compétence qu’on a développée dans une ancienne expérience qui, de prime abord, n’a rien à voir avec celle pour laquelle on candidate, mais qui est aussi utilisée dans ce domaine-là. »
Et face au principal frein des reconversions — le manque d’expérience dans le nouveau métier — sa réponse est sans ambiguïté : ce n’est pas l’expérience qui rassure le plus un recruteur, c’est la preuve d’une démarche déjà engagée.
« Ce qui va vraiment faire la différence, c’est d’être dans une posture “j’ai envie d’apprendre”. […] C’était la plupart du temps des personnes qui avaient déjà mis en place des choses, qui n’avaient pas attendu de travailler pour une entreprise pour avoir du concret à amener. C’est vraiment ça qui permet de se différencier. »
Son message aux sportif·ve·s en recherche d’emploi
Le fil conducteur de tout l’échange avec Céline, c’est la méthode plutôt que la motivation seule : introspection, matériel de candidature soigné, réseau construit activement, préparation minutieuse de l’entretien. Une discipline qui n’est, au fond, pas si éloignée de celle qu’un·e athlète connaît déjà.
« Être candidat, ce n’est pas un métier, mais au final il y a beaucoup de choses qui sont similaires et ça demande beaucoup d’énergie. »
Structurer cette énergie, transformer un parcours sportif en dossier de candidature qui parle aux recruteurs, construire le réseau et la stratégie de recherche pendant que la tête est encore claire : c’est exactement ce qu’on travaille ensemble dans l’accompagnement Reconversion Gagnante.
Tu es sportif·ve de haut niveau et tu prépares ta recherche d’emploi ou ta reconversion ? Réserve ton premier appel, offert : on fait le point sur ta situation, sans engagement.
Cet article est une synthèse d’un épisode du podcast Athlètes Reconversion, animé par Mélanie Revellat. Écouter l’épisode complet.