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Salarié d'abord, équipe de France ensuite : Iskander El Ghouti, le double projet à contre-courant

Consultant, référent SHN, entrepreneur et joueur en équipe de France de snow volley : Iskander El Ghouti a inversé l'ordre classique. Son témoignage sur le double projet.

Beaucoup de sportif·ve·s de haut niveau redoutent un scénario précis : arriver en fin de carrière sans avoir jamais mis les pieds en entreprise, et découvrir le monde du travail à zéro, au moment où la pression financière et psychologique est la plus forte. Iskander El Ghouti a fait l’inverse. Aujourd’hui joueur en équipe de France de snow volley, référent du parcours sportif de haut niveau (SHN) à Montpellier Business School, consultant en recrutement et tout juste entrepreneur dans les stages de beach volley, il a d’abord construit sa carrière professionnelle — et c’est seulement après qu’il est devenu sportif de haut niveau.

Un parcours à contre-courant qui dit beaucoup sur ce qui compte vraiment : pas l’ordre dans lequel les choses arrivent, mais la façon dont on les prépare.

Un centre de formation, et un choix assumé : les études d’abord

Repéré en volley, Iskander intègre le centre de formation d’Alès entre 16 et 18 ans, puis le rejoint pleinement de 18 à 21 ans, tout en étudiant à l’Université de Montpellier. Les trajets entre les deux villes sont lourds. Le choix est vite fait, et il est collectif — lui et ses parents optent pour la scolarité en priorité.

« J’avais un bon niveau volley. Pour être pro très rapidement, il aurait fallu pas mal de boulot. Donc j’ai préféré tout miser sur les études, et ce que je ne regrette pas. »

Ce choix ne l’empêche pas de continuer à jouer à haut niveau, sans viser le professionnalisme. Diplômé en économie-gestion, il enchaîne ensuite sur une école de commerce à Grenoble, en cursus aménagé à distance pensé pour les sportif·ve·s de haut niveau — un format qu’il découvre presque par hasard, refusé une première fois ailleurs faute d’être sur liste ministérielle.

Le vrai virage : se former en entreprise pendant qu’on est encore étudiant

C’est là qu’Iskander insiste le plus, et c’est sans doute le cœur de son message. Il met en garde contre les stages « bateaux », faits uniquement pour cocher une case sur un CV.

« Il y a beaucoup de sportifs qui font des stages un peu bateaux dans des fédérations, dans des clubs de sport, juste pour valider une expérience professionnelle. Je pense que c’est un mauvais choix. »

« Si on n’apprend pas son métier en amont et qu’on se fie juste à ce qu’on pense du métier, c’est compliqué de s’insérer sur le marché du travail sans réelle compétence. »

Lui-même enchaîne une alternance en gestion de projet, en parallèle de son master et — déjà — de l’entraînement. Une année qu’il décrit comme extrêmement dense, mais fondatrice.

Entrer en équipe de France de snow volley… après avoir un métier

Voici le retournement de son histoire : Iskander devient sportif de haut niveau en équipe de France de snow volley alors qu’il est déjà salarié, chef de projet dans une entreprise de franchise internationale. Il s’entraîne à 7h du matin avant d’aller travailler, enchaîne la musculation le soir, pose ses congés pour les compétitions.

« Je n’aurais pas pu performer au plus haut niveau sans la confiance de mon entreprise. »

Son entreprise le soutient, va jusqu’à le sponsoriser. Il y voit une leçon à transmettre à tous les sportif·ve·s qui jonglent avec un double projet : la transparence paie.

« Je parle à tous les sportifs : si vous avez un double projet, n’hésitez pas à être transparents avec [votre entreprise], parce qu’il y a toujours des solutions possibles. »

Et contrairement à l’idée reçue selon laquelle la stabilité professionnelle serait un frein à la performance sportive, pour lui c’est l’inverse :

« Le fait d’avoir une vie stable, un cadre dans sa vie, c’est que du bonus. Tu te dis que tu n’as rien à perdre. »

Les compétences qui circulent dans les deux sens

Iskander ne parle pas seulement de ce que le sport donne à l’entreprise — il insiste aussi sur ce que l’entreprise lui a donné avant le sport : des bases, une rigueur, une façon de penser. Mais le transfert du sport vers le monde professionnel, lui, reste selon lui trop peu valorisé par les sportif·ve·s eux-mêmes.

« L’organisation, le leadership, la force, la persévérance : un sportif, il ne lâchera pas, il voudra aller au bout du processus. C’est vraiment quelque chose à valoriser, et il ne faut pas mettre une case blanche sur son CV quand on a été sportif de haut niveau. »

Il cite aussi le dialogue et l’aisance relationnelle, développés dans le sport collectif et directement réutilisables en entreprise. Et il pointe une explication à ce blocage que beaucoup d’athlètes ressentent en arrivant en entreprise :

« Il y a pas mal de sportifs qui, après leur carrière, n’ont pas réussi à passer le cap. Ils restent dans leur passé, au lieu d’écrire leur futur. »

Son conseil : ne pas attendre la fin pour se préparer

Interrogé sur ce qu’il changerait avec le recul, Iskander n’a aucun regret — mais son conseil aux jeunes sportif·ve·s comme à ceux qui approchent de la fin de carrière est sans détour.

« Ne négligez pas vos premières expériences professionnelles : c’est elles qui vont vous donner de la valeur sur le marché du travail. »

« Pour la précarrière, il ne faut pas avoir peur, parce que si on la prépare bien, elle peut être tout aussi belle, voire plus belle. »

Ce message rejoint exactement ce qu’on défend chez Athlètes Reconversion : la reconversion ne se joue pas dans l’urgence de la dernière ligne droite, elle se construit en amont, par petites touches, pendant que la carrière sportive continue. Un stage bien choisi, un réseau entretenu, une compétence identifiée et nommée : c’est tout le travail qu’on mène ensemble dans l’accompagnement Reconversion Gagnante.

Tu es sportif·ve de haut niveau et tu veux, toi aussi, préparer ta suite sans attendre le dernier match ? Réserve ton premier appel, offert : on fait le point sur ta situation, sans engagement.


Cet article est une synthèse d’un épisode du podcast Athlètes Reconversion, animé par Mélanie Revellat. Écouter l’épisode complet.