« Vous n'êtes pas que votre sport, vous êtes bien plus que ça » : Jessica Chavanne, du jet-ski à bras à la préparation mentale
Championne du monde de jet-ski à bras et ex-ingénieure chez Airbus, Jessica Chavanne raconte comment le double projet et le travail sur l'identité l'ont transformée, sur l'eau comme en dehors.
Beaucoup de sportif·ve·s de haut niveau vivent avec la même peur silencieuse : si demain le sport s’arrête, qui suis-je encore ? Jessica Chavanne, championne du monde de jet-ski à bras, a vécu cette question de l’intérieur — pas au moment de sa fin de carrière, mais en plein cœur de sa saison la plus exposée. Sa réponse n’a rien d’une méthode miracle : c’est un travail, patient et exigeant, sur l’identité.
Dans cet épisode du podcast, elle revient sur un parcours atypique — commencé tard, construit à côté d’un métier salarié pendant des années — et sur la bascule qui l’a menée du rôle de celle à qui il n’arrivait que des problèmes à celui de double championne du monde et cheffe de sa propre entreprise.
Un parcours qui commence tard, et qui dérange les idées reçues
Jessica ne découvre le jet-ski qu’à 19 ans, presque par hasard, sur la base nautique où travaillait son grand-père. Elle n’avait même pas, dit-elle, « ce profil de sportive ». Entre-temps, elle enchaîne un CAP de coiffure, puis un monitorat de jet-ski, puis des petits boulots en dehors des saisons — caissière, vendeuse, préparation de commandes — avant de se former au câblage électrique et de décrocher un poste chez Airbus, sans réseau, à force de lettres de motivation envoyées chaque semaine.
Ce n’est qu’à 28 ans qu’elle commence enfin la compétition régulière, et pas avant 31 ans qu’elle vit son premier vrai tournant.
« Je suis vraiment arrivée tard, et en compétition je suis arrivée encore bien, bien, bien plus tard. »
La bascule : le championnat du monde qui devait tout changer, et qui a tout révélé
En 2019, Jessica décroche enfin son contrat de pilote officielle en championnat du monde — l’aboutissement de plusieurs années d’efforts. Sur place, c’est l’inverse d’une consécration.
« Arrivée là-bas, je me suis sentie très très mal. Tous les soucis que je pensais avoir réglés dans mon enfance… Moi qui étais très forte à l’entraînement, je n’arrivais quasiment plus à naviguer, c’était plus moi, et en dehors du jet je faisais que pleurer. »
C’est ce choc qui la pousse vers la préparation mentale — d’abord pour elle-même. Une première approche ne fonctionne pas vraiment ; elle en trouve une seconde qui, elle, la transforme en profondeur. Six semaines plus tard, premier podium en championnat du monde. Trois mois après, premier titre de championne du monde, avec 39 de fièvre.
« On ne s’attendait absolument pas à ça. »
Le vrai levier : travailler sur l’identité, pas sur la performance
Ce que Jessica décrit ensuite est l’angle central de son témoignage : la différence entre corriger des symptômes et changer ce qu’on pense être.
« L’identité, c’est la base de tout. On est quelqu’un du verbe être avant de faire ou d’avoir quelque chose. »
Elle raconte comment, dans son équipe des débuts — surnommée les « Black Cats » —, elle incarnait malgré elle le rôle de la maladroite, celle à qui les problèmes arrivaient toujours.
« J’avais tout le temps cette identité de victime, un peu Calimero : oui non mais moi, il ne m’arrive que des choses. »
Le travail n’a pas porté sur le jet-ski. Il a porté sur des blessures bien antérieures.
« Le passé ne me définissait pas. Je suis passée de l’identité de victime à la Jess qui prenait la pleine responsabilité de sa vie. Et c’est là que les choses ont commencé à changer — personnellement, professionnellement et sportivement. »
Le double projet : un frein ou une force ?
Longtemps salariée chez Airbus tout en s’entraînant et en construisant en parallèle son activité de coaching, Jessica a d’abord vécu ce triple projet comme une contrainte injuste face à des concurrentes mieux financées, plus reposées. Puis elle a changé de regard.
« Je n’ai pas les choses facilement qui arrivent sur un plateau. Mais tout ça m’a construit une espèce de résilience. Et quand je suis sur mon jet, j’ai juste envie de tout donner. Je sais pourquoi je suis là. »
C’est exactement ce qu’on observe chez Athlètes Reconversion : un projet mené en parallèle de la carrière sportive n’est pas une distraction — c’est un terrain d’entraînement supplémentaire, qui construit des compétences transférables et qui allège la pression du résultat.
« Développer un double projet permet de développer de nouvelles facultés qui viennent enrichir les compétences dans le sport, mais surtout qui font qu’on n’a pas que l’identité du sportif. Le jour où on se blesse, ou que la carrière s’arrête, ou qu’un sponsor s’arrête, la personne pense qu’elle a zéro compétence — alors qu’en fait les compétences du sport se retranscrivent très bien dans le professionnel, dans le personnel. »
Fin 2023, forte de cette conviction, elle quitte son CDI chez Airbus pour se consacrer à 100 % à sa structure de coaching mental, Propulsion Mentale, tout en continuant à courir en championnat du monde — aujourd’hui, à 40 ans, face à des concurrentes de 17 à 28 ans.
Son message : l’identité se construit partout, pas seulement sur le terrain
Interrogée sur ce qu’elle voudrait transmettre aux athlètes en cours ou en fin de carrière, Jessica revient une dernière fois sur l’essentiel.
« Vous n’êtes pas que votre sport, et vous êtes bien plus que ça. Dans le sport, vous exprimez un type d’identité, mais vous êtes partout, vous, en fait. Le but, c’est de développer ça un maximum, et de ne pas juste se sentir soi quand on est dans le domaine sportif — on peut le faire ailleurs aussi. »
Se reconnecter à qui l’on est, au-delà du résultat et du chrono, pour ensuite choisir en conscience la suite : c’est précisément le travail qu’on mène ensemble dans l’accompagnement Reconversion Gagnante.
Tu es sportif·ve de haut niveau et tu sens que ton identité mérite d’être plus large que ta discipline ? Réserve ton premier appel, offert : on fait le point sur ta situation, sans engagement.
Cet article est une synthèse d’un épisode du podcast Athlètes Reconversion, animé par Mélanie Revellat. Écouter l’épisode complet.